Dénonciation des racines de l'Islam radical

Tony Cartalucci New Eastern Outlook
Sa 04 Nov 2017 15:37 UTC



Il y a sur Terre environ 1,8 milliards de Musulmans. Soit environ 24 % de la population mondiale. Ils vivent dans des régions englobant l'Afrique du Nord, le Moyen-Orient, l'Asie centrale, et même jusqu'en Asie du sud-est. Il existe des communautés musulmanes dans pratiquement tous les pays - et dans nombre d'entre elles, ils ont joué dans le développement national un rôle central, constructif et bienvenu.

Si même 1% des Musulmans du monde étaient de violents terroristes, dont l'objectif était de conquérir la planète, ils formeraient une armée forte de 18 millions ou, autrement dit, plus importante que les 20 plus grandes armées du monde prises ensemble. La plupart des critiques de l'Islam présument que le chiffre réel est en fait bien supérieur à 1% - beaucoup suggérant que la majorité des Musulmans sont impliqués dans le terrorisme ou le soutiennent. Il est logique de conclure que si même 1% des Musulmans se consacraient au terrorisme et à la "conquête des infidèles", la guerre se serait terminée il y a longtemps, en leur faveur.

Il est clair que dans tout l'Islam, même pas 1% de gens sont impliqués dans le terrorisme ou le soutiennent. Partout dans le monde arabe, la vaste majorité des Musulmans, des Chrétiens, des autres religions, et des laïcs, s'unissent contre le terrorisme. Il est clair qu'une montagne de mensonges sépare de nombreuses personnes de la vérité - une montagne construite si haute qu'elle laisse dans les ténèbres d'une ignorance crasse des couches entières de la population ciblée.
 
D'où provient la terreur

La source du terrorisme n'est pas le Coran - que peu de critiques de l'Islam ont jamais eu entre les mains, et encore moins honnêtement lu - mais plutôt une route de l'argent facile à suivre qui mène à Washington et à Londres.
 
C'est en réalité le Monde Occidental qui a créé, étiqueté, et mis sur le marché l'"Islam radical", qui est à toutes fins utiles un outil strictement politique conçu pour provoquer des interventions militaires directes de l'Occident partout où c'est possible, et combattre par procuration partout où une intervention directe n'est pas possible.
 
En Syrie et en Irak, les États-Unis ont utilisé leurs intermédiaires dans les deux cas - tout d'abord pour combattre par procuration le gouvernement de Damas et ses alliés puis, après l'échec, pour justifier une intervention militaire directe des USA.
 
Le prétexte a également servi à usage interne, comme l'a exprimé un ancien analyste, "afin de disposer de notre obéissance dans la construction de la planète-prison." En réalité, sous prétexte de "combattre le terrorisme", on a transformé les États-Unis et une grande partie de l'Europe en un État policier invasif et, bien que le monde occidental soit privé de sa liberté contre des promesses de sécurité - les peuples d'Occident se retrouvent sans l'une ni l'autre.

À ceux qui s'y sont trouvés aspirés, l'"Islam radical" paraît bien réel. Tout comme les États-Unis se servent du patriotisme pour convaincre les jeunes gens à consacrer leur vie à envahir, combattre et occuper des dizaines de nations souveraines dans le monde entier - sous prétexte de "liberté, de démocratie et d'autodétermination", même si le militarisme étasunien en prive la planète - cette fraction de la fraction du 1% engagée dans l'"Islam radical" croit réellement en sa cause - aussi inexistante et contradictoire qu'elle puisse être en fait. 

Et l'"Islam radical" n'est pas quelque chose d'abstrait. Il lui faut un moyen d'agir. Avec, entre autres -- semées dans la population occidentale -- une "ignorance radicale" et une peur non moins extrêmes mais de sens opposé. Les deux s'alimentent mutuellement, créant un prétexte perpétuel en faveur d'une guerre à l'étranger, un sentiment perpétuel d'injustice à l'encontre des Musulmans -- auxquels peuvent se rallier des terroristes armés et financés par les États-Unis -- ainsi qu'une peur et une haine perpétuelle dans l'ensemble du monde occidental. 

Il s'agit là de l'outil politique séculaire des empires - diviser pour régner - raffiné à la perfection et suralimenté par l'informatique - spécialement par les réseaux sociaux.

Le wahhabisme - clé de la conquête arabe 

L'"ignorance radicale" comprend l'ignorance profonde et crasse de l'Histoire. Comprendre la véritable source de l'"Islam radical", plus exactement du wahhabisme, dissipe une grande partie des plus virulents mensonges répandus à propos de l'Islam - que l'Islam a toujours été une idéologie barbare et guerrière. L'Islam militant est un phénomène relativement nouveau, inventé par la maison royale des Saoud, puis cultivé et pleinement exploité par l'Empire Britannique et ses héritiers américains.

L'Empire Ottoman et la maîtrise du monde arabe ont été convoités et contestés par l'Empire Britannique. On a agité la promesse d'une indépendance arabe devant les yeux des fondateurs de bien des dynasties qui gouvernent maintenant l'Arabie - des dynasties qui se sont constituées à coups de cultes de la personnalité et d'une violente mésinterprétation de l'Islam nommée wahhabisme. Les Britanniques, après avoir trahi les Arabes, ont maîtrisé cet outil politique, afin de faire ce que les empires font le mieux - diviser pour régner - en particulier au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Quand l'Empire Britannique s'est effiloché, les Américains ont continué à partir de là où Londres s'était arrêté. Les Saoudiens et les royaumes voisins du Golfe Persique sont soutenus par l'Ouest depuis la fin de la Première Guerre mondiale. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, une bonne partie de ces dynasties se sont établies au pouvoir, on les a armées, financées, protégées, et invitées à signer les accords commerciaux, et à participer aux activités économiques les plus lucratives de toute l'Histoire de l'humanité.

C'est avec l'aide de membres des Frères Musulmans que les États-Unis ont tenté de renverser le père de l'actuel président de la Syrie, Bachar al-Assad, Hafez al-Assad. Ce sont les États-Unis, aidés des Saoudiens et de factions de l'armée et du gouvernement pakistanais, qui ont supervisé la création même de groupes de militants comme Al-Qaïda pour combattre les Soviétiques en Afghanistan.

Et jusqu'à aujourd'hui, ce sont encore les États-Unis et l'Europe qui perpétuent le régime saoudien à Riyad, en lui fournissant à coups de centaines de milliards de dollars des armes et du soutien militaire, et en utilisant, de leur propre aveu, Riyad comme un intermédiaire grâce auquel Washington, Londres et Bruxelles arment et financent les pires et les plus violentes organisations terroristes existant sur Terre.

Même Donald Trump, le président actuel des États-Unis - qui cite régulièrement l'"Islam radical" comme menace constante pour la sécurité nationale de l'Amérique - a signé un énorme contrat d'armement avec les nations mêmes dont les États-Unis se servent pour cultiver et perpétuer le terrorisme mondial. 

Ce sont les USA et l'Europe qui dirigent le terrorisme, pas l'Islam
 
Tous les attentats terroristes, sans exception, qui se produisent en Amérique du Nord ou en Europe sont suivis d'une grande vague de propagande destinée à stimuler un "choc des civilisations". Le public apeuré soit se tapit, soit se déchaîne contre les Musulmans - mené par des voix de l'establishment, dont celle de la nouvellement promue "droite alternative".

On accuse les Musulmans et l'Islam et on attise le feu de la haine et de l'hystérie en ressortant la même série d'arguments élémentaires. Les arguments logiques, tels que le nombre de Musulmans dans le monde par rapport au nombre réel de terroristes, n'entrent jamais dans la discussion.
 
On ne parle jamais non plus du fait que les terroristes - spécialement ceux de l'auto-proclamé "État Islamique" (Daech) et Al-Qaïda, ou ceux qui s'inspirent de ces groupes-là - sont endoctrinés, radicalisés, armés, financés et soutenus par Washington, Londres, Bruxelles, et une série des alliés les plus proches de l'Ouest au Moyen-Orient - notamment l'Arabie Saoudite, le Qatar, la Turquie, la Jordanie, et Israël.

Cela figurait dans une note interne de l'Agence de renseignement de la Défense étasunienne (DIA), fuitée en 2012, qui révélait l'intention des États-Unis et de ses alliés de créer ce qu'elle appelait une "principauté salafiste" dans l'est de la Syrie. La note indiquait explicitement :
Si la situation se présente, il y aura la possibilité d'établir une principauté salafiste, déclarée ou non, dans l'est de la Syrie (Hasaka et Der Zor), et c'est là exactement ce que veulent les pouvoirs qui soutiennent l'opposition, afin d'isoler le régime syrien, considéré comme le fondement stratégique de l'expansion chiite (Irak et Iran).
En précisant quels étaient ces pouvoirs qui soutenaient, la note interne de la DIA déclarait :
L'Occident, les pays du Golfe, et la Turquie soutiennent l'opposition ; tandis que la Russie, la Chine, et l'Iran soutiennent le régime.

La "principauté (=l'État) salafiste (=islamique) serait en vérité créé précisément dans l'est de la Syrie, comme l'avaient décidé les décideurs politique étasuniens et leurs alliés. On l'appellerait l'"État Islamique", qui servirait à mener une guerre musclée, par procuration, contre Damas, et si cela ratait, à inviter les forces militaires étasuniennes à intervenir directement dans le conflit.

En 2014, dans un courriel échangé entre John Podesta, le conseiller auprès du président US, et Hillary Clinton, l'ex-secrétaire d'État (= ministre des Affaires Étrangères) étasunienne, on admettait que deux des plus proches alliés de l'Amérique dans la région - l'Arabie Saoudite et le Qatar - fournissaient un soutien financier et logistique à Daech.

 

Ce courriel, fuité au public via Wikileaks, indiquait :

...il nous faut utiliser les atouts diplomatiques et, plus traditionnellement, du renseignement, afin de mettre la pression sur les gouvernements du Qatar et de l'Arabie Saoudite, qui apportent un soutien financier et logistique clandestin à [Daech] et aux autres groupes sunnites radicaux de la région.

Bien que les militaires des États-Unis et des politiques de haut niveau aient admis que Daech était littéralement une création de sa propre politique étrangère volontariste, perpétuée par le parrainage d'État des plus proches alliés régionaux de l'Amérique, l'administration du président Barack Obama, tout comme celle du président Trump, ont continué à signer des contrats d'armement, à maintenir des liens diplomatiques, et à renforcer leur coopération militaire et économique avec ces mécènes étatiques du terrorisme.

Les États-Unis et l'Europe continuent pendant ce temps à encourager et à protéger le réseau mondial de pseudo-madrassas de l'Arabie Saoudite - des centres d'endoctrinement souvent sous la houlette et même sous la cogestion d'agences de renseignement occidentales, assurant un apport constant et renouvelé de pigeons potentiels pour les attentats terroristes locaux, et de recrues pour les armées par procuration de l'Ouest qui combattent à l'étranger.

En d'autres termes, le problème de l'"Islam radical" est fabriqué de toutes pièces et perpétué par l'Occident. Sans l'argent, sans les armes et le soutien fournis par les États-Unis et l'Europe à des pays comme l'Arabie Saoudite, leurs outils politiques toxiques s'émousseraient rapidement et seraient vite jetés dans la poubelle de l'Histoire. Comme on le voit en Syrie même, où chaque jour des centaines de camions venant de territoires de l'OTAN ne sont plus en état de soutenir dans le pays les positions de Daech, qui est incapable de se maintenir. Il lui manque un authentique soutien populaire dans une région où la grande majorité des Musulmans, des Chrétiens et des laïcs demeurent unis contre lui et il ne peut se maintenir à flot sans l'immense et constant soutien d'État.

Il en est de même pour l'"Islam radical" ou le wahhabisme. Tous deux survivent grâce à la politique étrangère volontariste et malfaisante des gouvernements occidentaux et des intérêts spéciaux qui les influencent.

Connais-toi, et connais ton (véritable) ennemi

Ceux qui croient que l'"Islam radical" existe réellement et qu'il représente une menace permanente pour la "civilisation occidentale", feraient bien de prêter attention aux mots de l'ancien seigneur de la guerre Sun Tzu, qui déclarait : "Connais-toi et connais ton ennemi, et tu ne seras jamais vaincu."

Cela signifie qu'il faut identifier la véritable source du pouvoir de l'"Islam radical", en trouvant l'origine des armes, de l'argent, et du leadership. Pour ceux qui pensent que l'"Islam" est le problème fondamental, se complaire dans le choix de certains versets du Coran est prodigieusement irresponsable. Un authentique ennemi doit être étudié honnêtement, ce qui signifie que les versets soigneusement choisis doivent être pris dans leur contexte, qu'il faut lire l'ensemble du Coran, et qu'il faut se livrer à une étude profonde et objective si l'on veut vraiment "connaître son ennemi".

Rencontrer des Musulmans et parler avec eux, observer leurs communautés, apprendre leur mode de vie - si on croit vraiment que l'Islam est une menace - est également fondamental si l'on veut "connaître son ennemi".

Il est néanmoins probable que ceux qui haïssent aveuglément l'Islam, le font en spectateur. La vérité ne les intéresse pas, parce que la limite de leur profondeur intellectuelle, physique et morale, c'est de choisir un camp, et de s'y enraciner. Pour d'autre, c'est un moyen d'en tirer profit. Découvrir une niche dans la vaste machine de propagande occidentale et en récolter des miettes pour son égo, ou pour les placer sur son compte en banque, est devenu un concept commercial viable pour beaucoup.

Mais à ceux qui ont suffisamment d'intégrité morale pour le faire, un regard honnête sur l'"Islam radical" révélera un ennemi beaucoup plus préoccupant et réel. Un ennemi qui ne nous menace pas par sa culture étrangère, sa religion, ni par son idéologie venue d'ailleurs, mais un ennemi situé parmi nous, drapé dans le patriotisme, l'humanitaire, et dans tout ce qui passe aujourd'hui pour de la "civilisation occidentale".